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Partager les dépenses du foyer : quatre méthodes, et la règle sans laquelle aucune ne tient
La dispute ne porte jamais vraiment sur le pourcentage. Elle porte sur le fait que personne n’a rien noté. Quatre méthodes de répartition, et la tenue de comptes qui les fait survivre.
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Deux personnes partagent un logement et une série de factures. Aucune ne cherche à en profiter. Et pourtant, vers le quatrième mois, arrive une conversation qui commence par « j’ai l’impression de payer plus que toi ». Celle qui le dit a en général raison sur l’impression et tort sur le chiffre, parce que personne n’a rien noté.
Partager des dépenses communes n’est pas un problème de mathématiques. Le calcul prend quatre minutes. C’est un problème de tenue de comptes déguisé en problème de mathématiques. Voici les méthodes qui marchent, le calcul derrière chacune, et les quelques règles qui empêchent l’arrangement de devenir une négociation mensuelle.
Décider ce qui est commun avant de décider comment le partager
La plupart des désaccords portent sur le périmètre, pas sur les pourcentages. Pour l’un, la bonne huile d’olive est une dépense du foyer ; pour l’autre, une préférence personnelle financée à deux. Réglez-le une fois, par écrit, et tout le reste devient plus simple.
- Clairement commun : loyer ou crédit, charges de copropriété, électricité, eau, box internet, assurance habitation, produits d’entretien, meubles communs, les courses de base.
- Clairement personnel : votre forfait, vos vêtements, vos abonnements, votre café, votre salle de sport, votre voiture si vous êtes seul à conduire.
- Objet de débat : l’alcool, les livraisons de repas, les invités qui dorment là, le supermarché cher, les animaux, une voiture utilisée bien plus par l’un, une plateforme qu’un seul regarde.
Pour cette troisième liste, fixez une règle maintenant plutôt qu’à chaque fois. Deux règles fonctionnent : soit c’est commun et plus personne ne commente, soit c’est personnel et celui qui le veut le paie. Ce qui ne fonctionne pas, c’est de décider au cas par cas, car chaque caddie devient alors une négociation.
Quatre façons de diviser le total
1. Moitié-moitié
On additionne les dépenses communes et on divise par deux. C’est la méthode la plus rapide et la plus facile à vérifier, et elle est réellement équitable quand les revenus sont proches. Sa faiblesse apparaît dès qu’ils ne le sont plus : une part égale d’une charge fixe entame bien davantage le plus petit salaire, ce qui se voit au fait qu’une des deux personnes n’arrive jamais à épargner.
2. Au prorata des revenus
Chacun paie la part des charges correspondant à sa part du revenu commun. Il reste alors le même pourcentage de chaque salaire, et c’est la version de l’équité que la plupart des couples ont en tête quand ils emploient le mot.
3. À reste à vivre égal
Variante plus stricte : au lieu d’égaliser les pourcentages, on égalise ce qu’il reste à chacun une fois les charges communes payées. C’est le modèle le plus redistributif ; il a du sens quand le foyer fonctionne vraiment comme une unité, mais il est difficile à défendre en colocation et peut faire payer trois ou quatre fois plus à celui qui gagne le mieux.
4. Répartition par poste
Tu prends le loyer, je prends les courses et les factures. Aucun calcul mensuel, et c’est tout son intérêt. Le danger est la dérive : le loyer est fixe, pas les courses, donc une répartition équilibrée en janvier est déséquilibrée en juin. Si vous choisissez celle-ci, recomptez les totaux tous les six mois.
Le même mois, calculé quatre fois
Deux personnes, 2 400 € et 1 600 € nets. Dépenses communes : 1 600 € par mois — 1 000 € de loyer et charges, 200 € d’énergie et de box, 400 € de courses et d’entretien.
- Moitié-moitié : 800 € chacun. Soit 33% du plus gros revenu et 50% du plus petit.
- Au prorata des revenus : revenu commun de 4 000 €, donc 60% et 40% — 960 € et 640 €. Chacun conserve 60% de son propre salaire.
- À reste à vivre égal : 4 000 € moins 1 600 € font 2 400 €, soit 1 200 € chacun. Les contributions deviennent 1 200 € et 400 €.
- Par poste : l’un prend les 1 000 € de loyer, l’autre les 600 € d’énergie et de courses — un écart de 400 € que personne n’a choisi et que personne ne remarque avant de faire l’addition.
Regardez l’amplitude. La personne au revenu le plus faible paie 800 €, 640 € ou 400 € pour le même mois, uniquement selon la méthode. C’est pour cela qu’elle doit être décidée une fois, à voix haute, plutôt que supposée.
Colocation : les chambres ne font pas la même taille
En colocation, le prorata des revenus est en général exclu : on ne communique pas son salaire à quelqu’un rencontré sur une annonce. Mais le partage égal a son injustice propre, parce qu’une chambre donne sur la cour et une autre fait douze mètres carrés de plus.
La solution praticable : loyer au prorata de la surface, tout le reste en parts égales. Trois chambres de 18, 14 et 10 mètres carrés dans un logement à 1 400 € de loyer donnent 583 €, 454 € et 324 €. Énergie, box et produits d’entretien restent des tiers, puisque la cuisine sert autant à tout le monde.
Point juridique qui coûte cher quand on l’ignore : si le bail comporte une clause de solidarité, chaque colocataire peut être tenu de payer la totalité du loyer en cas de défaillance d’un autre, et cette solidarité peut se prolonger après le départ d’un colocataire jusqu’à l’arrivée d’un remplaçant ou, à défaut, pendant six mois. La répartition interne ne change rien à ce que le bailleur peut réclamer à chacun — raison de plus pour l’écrire.
La vraie faille : personne ne tient les comptes
Quelle que soit la méthode, la même chose déraille. Les vrais foyers ne paient pas les factures en moitiés propres. La carte de l’un est enregistrée chez le fournisseur d’électricité, l’autre fait les grosses courses, quelqu’un a avancé 280 € à un plombier un dimanche. À la fin du mois il existe un réseau de qui-doit-quoi tenu par deux mémoires, et la mémoire est fiablement biaisée en faveur des paiements qu’on a faits soi-même.
- Noter la dépense le jour même, avec le montant, la date et le payeur. Une dépense notée trois semaines plus tard est une dépense contestée.
- Une seule liste, pas deux. Deux listes privées se réconcilient en dispute.
- Photographier le justificatif au-delà d’un seuil convenu ensemble. Cinquante euros est une ligne raisonnable.
- Solder à date fixe chaque mois — le lendemain des deux salaires fonctionne le mieux.
- Solder en un virement, pas en sept. Compensez le tout en un seul chiffre et virez une fois.
Le compte joint bat la liste de comptes
Si vous le pouvez, supprimez la liste. Ouvrez un compte qui ne paie que les dépenses communes, versez-y chacun votre contribution convenue le jour du salaire, et faites prélever toutes les charges communes depuis ce compte.
La question passe alors de « qu’est-ce que tu me dois ? », qui porte sur une personne, à « y a-t-il assez sur le compte ? », qui porte sur un solde. Le relevé devient toute l’histoire.
Fixez les contributions environ 10% au-dessus de la moyenne mensuelle pour que le compte absorbe un mois coûteux. Sur 1 600 € de dépenses communes, versez 1 760 € à deux et laissez le tampon se constituer. Une fois qu’il est confortable, baissez les contributions plutôt que de dépenser l’excédent.
Ce qui déséquilibre discrètement une répartition juste
- Les factures annuelles. Une assurance habitation payée une fois par an par une seule personne, ce sont douze mois d’avance faite par cette personne. Divisez par douze ou payez depuis le compte joint.
- Le travail non payé. Celui qui fait les courses, cuisine et relance l’opérateur apporte quelque chose de réel qui n’apparaît dans aucun chiffre.
- Le cashback et les points de fidélité. Des points gagnés sur des dépenses communes, avec la carte d’une seule personne, sont un actif commun.
- Les invités. Un ou une partenaire présent quatre nuits par semaine consomme le chauffage et l’eau chaude d’un troisième occupant.
- Le dépôt de garantie et les meubles achetés une fois. Décidez à qui ils appartiennent au moment de l’achat, pas au moment où quelqu’un part.
La révision qui prend quinze minutes
Deux fois par an, asseyez-vous avec le relevé et vérifiez trois choses : si les totaux correspondent encore à ce qui était convenu, si un revenu a assez bougé pour changer la proportion, et si un poste de la liste « objet de débat » a discrètement changé de catégorie sans conversation.
Cette révision ne prend quinze minutes que si les dépenses communes ont été notées au fur et à mesure. Sinon, c’est une soirée à faire défiler des relevés — et c’est précisément pour cela qu’elle n’a jamais lieu et que le ressentiment s’installe à la place.
Notre application est faite exactement pour cela : le compte joint figure à côté du vôtre, photographier le ticket de caisse enregistre la dépense sans rien saisir, et ce que l’un a avancé part dans le suivi des dettes par personne, dont le solde se referme au fil des remboursements. Le chiffre dont vous avez besoin en fin de mois est déjà là.
Aucune des quatre méthodes n’est juste dans l’absolu. Choisissez celle qui correspond à la façon dont vous pensez réellement le foyer, écrivez-la, tenez les comptes honnêtement, et revoyez-la deux fois par an. La formule est la petite partie. Les comptes sont tout le reste.
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